L’Association de Recherche pour l’Éducation et le Développement (ARED) a mis en œuvre un programme pédagogique bilingue au Sénégal pour aider les élèves à maîtriser le français en leur permettant d’acquérir des compétences élémentaires en lecture dans leur langue maternelle (le wolof ou le pulaar) et en transférant par la suite ces connaissances dans la langue française. Ce programme était composé de trois modules :

  • Module 1 : les élèves renforcent leurs connaissances en lecture et en écriture dans leur langue maternelle tout en développant simultanément des aptitudes en français.
  • Module 2 : les élèves sont capables de distinguer les similitudes entre les deux langues. Ce module aide les élèves à commencer à lire en français en partant des similitudes entre les deux langues.
  • Module 3 : les élèves sont capables de reconnaître les différences existant entre les deux langues, y compris de discerner les différences de prononciation.

ARED a élaboré des manuels scolaires et des cahiers d’exercices pour les élèves (voir les liens ci-dessous), qui portaient sur l’enseignement de la lecture, de l’écriture et du calcul en wolof ou en pulaar. Les enseignants ont reçu des guides de l’enseignant et une formation à trois reprises au cours de l’année scolaire, durant les vacances scolaires (été, Noël et Pâques) afin d’assurer qu’ils soient présents durant les heures officielles de classe.

Surmonter les difficultés

ARED a été confrontée à plusieurs obstacles dans la mise en œuvre du programme bilingue pilote. L’appui limité de la part du ministère de l’Éducation Nationale en faveur de l’inclusion du programme dans les écoles publiques a constitué la première difficulté. Pour cette raison, ARED a lancé la première année de son programme sous forme de programme parascolaire, qui avait lieu dans les établissements publics et employait des enseignants des écoles publiques, mais était mené après la journée normale de classe. ARED a offert aux enseignants une rémunération complémentaire pour leur participation au programme. ARED a également créé une équipe au sein du ministère de l’Éducation, composée des différents bureaux du ministère ayant un rapport avec le programme bilingue. Cette équipe technique pédagogique (ETP) a apporté son soutien et effectué un suivi de l’exercice pilote d’ARED tout au long de l’année. Vers la fin de la première année scolaire, ARED a organisé un atelier d’évaluation avec le ministère de l’Éducation Nationale aux fins de présenter une synthèse des constatations issues de la première année du programme pilote, au cours de laquelle les représentants du ministère et les personnels enseignants ont fait part de leur appui solide au projet. Des parents et des anciens de la communauté se sont également manifestés pendant l’atelier pour faire part de l’aisance croissante qu’ils avaient constatée chez les enfants dans leurs compétences à lire et à parler le français. À la suite de cet atelier, ARED a été en mesure de surmonter l’un des plus grands obstacles auxquels elle était confrontée, le ministère de l’Éducation Nationale ayant accepté qu’ARED lance son programme pilote pendant les heures de classe normales dans leurs établissements scolaires publics pilotes. Cet événement a constitué un tournant majeur pour ARED et la pérennité du programme pilote.

Une fois que le programme pilote bilingue d’ARED a pu être introduit pendant les heures normales de classe, il fallait surmonter le deuxième obstacle, à savoir les réticences des parents à l’égard du programme bilingue. Certains parents s’inquiétaient que cette démarche bilingue permette uniquement de dispenser à leurs enfants un enseignement dans leur langue maternelle, et qu’ils risquaient de perdre une année scolaire et de prendre du retard par rapport aux autres classes ne participant pas au programme. Pour répondre aux inquiétudes ressenties par les parents, ARED a organisé des campagnes d’information et de sensibilisation dans les communautés pour expliquer clairement que ce programme suivrait les mêmes programmes scolaires et aiderait les élèves à apprendre le français en même temps qu’ils apprendraient à lire dans leur langue maternelle. Suite à cette initiative de sensibilisation, la plupart des parents ont accepté que leurs enfants participent au programme. Toutefois, certains parents ont quand-même refusé. En cours d’année, plusieurs de ces parents ont contacté ARED pour lui demander si leurs enfants pouvaient être intégrés dans les classes ARED, car ils s’étaient aperçus que les enfants de ces classes semblaient avoir davantage de facilité à lire et à écrire en français.

Facteurs de réussite

Dans ce programme pilote, le grand nombre de tests qui ont été conduits, permettant de comparer les classes ARED aux classes normales, a constitué un facteur essentiel pour la réussite continue du projet d’ARED. Durant la première année de mise en œuvre du projet d’ARED dans les salles de classe, des inspecteurs du ministère de l’Éducation ont utilisé les tests standardisés pour évaluer les niveaux de lecture et de mathématiques des élèves. Lors de la deuxième année de mise en œuvre du programme d’ARED en classe, une évaluation extérieure dirigée par le ministère de l’Éducation Nationale a été menée par la cellule d’évaluation du ministère. La troisième année, Dalberg, société internationale de recherche privée, a mené des tests de comparaison entre les classes participant au programme d’ARED et les classes normales. Ces recherches ont montré systématiquement que les élèves étudiant dans des classes d’ARED présentaient des niveaux plus élevés d’aisance en lecture et en mathématique que ceux des classes normales. ARED a trouvé que ces informations étaient extrêmement utiles pour plaider en faveur des programmes scolaires bilingues.

Des exemples de guides de l’enseignant élaborés par ARED pour l’enseignement de programmes scolaires bilingues (en français et en langue locale, notamment le wolof ou le pulaar, selon la région) sont présentés ci-dessous.