Par l’intermédiaire de son projet Worlds in the Making, Simorgh développe et teste un abécédaire trilingue (en punjabi, ourdou et anglais) destiné aux élèves de premier niveau dans la région du Punjab au Pakistan, où les programmes scolaires officiels sont enseignés en ourdou ou en anglais. Ce projet a été développé pour répondre aux programmes scolaires rigides courants dans les établissements scolaires pakistanais. Les enfants ne reçoivent pas souvent d’enseignement dans leur langue maternelle, ce qui accroît les difficultés auxquels nombreux d’entre eux sont confrontés pour s’adapter à l’école et comprendre les concepts fondamentaux. Ce projet a pour objectif de déterminer si l’enseignement dans la langue maternelle peut renforcer la qualité des apprentissages. Le modèle de ce projet cherche à remettre en question les méthodes et matériels pédagogiques qui inhibent le développement cognitif de l’enfant et son acquisition d’une langue et d’autres aptitudes, et à s’en démarquer : 1) en créant un cadre d’enseignants qui connaissent les méthodes d’apprentissage participatif par l’intermédiaire des formations d’enseignants, 2) en encourageant la pratique de l’apprentissage dans la langue maternelle en élaborant des livres scolaires/abécédaires nouveaux en trois langues différentes et 3) en concevant un manuel scolaire différent permettant de susciter l’intérêt et l’imagination des élèves par le biais de l’emploi de la couleur et d’histoires revêtant une pertinence culturelle.

Enseignements et défis

Lors de la conception des abécédaires et de la mise en œuvre du programme, Simorgh a collaboré étroitement avec les enseignants dans un processus d’apprentissage mutuel. L’organisation a estimé qu’il était important que ce processus soit hautement participatif et axé autour de l’écoute et du soutien à l’égard des enseignants. Les inquiétudes exprimées par les enseignants comme les parents selon lesquelles si les élèves apprenaient le punjabi (la langue régionale) au lieu de l’ourdou (la langue officielle de l’État), leurs opportunités économiques seraient limitées, ont constitué une difficulté majeure que le projet a dû surmonter. Toutefois, une fois que les enseignants et les parents ont constaté que le programme améliorait de façon significative les apprentissages des élèves, ils ont été plus disposés à y participer.

L’acceptation par les pouvoirs publics que le programme soit mené dans les écoles publiques est l’un des autres problèmes auxquels le projet a été confronté. Simorgh a rencontré des membres du Conseil des manuels scolaires du Punjab, mais l’organisation a eu du mal à susciter l’intérêt des responsables en raison de la bureaucratie et de la résistance aux changements dans le système. Compte tenu de cette difficulté, Simorgh a été contrainte de limiter la distribution de ses textes à des écoles privées très chères pour couvrir les coûts de production des manuels scolaires et assurer la pérennité du projet. Simorgh espère étendre la distribution de ses textes au grand public et au secteur privé à faible coût mais l’organisation a eu du mal à trouver comment le faire en raison de la nécessité de couvrir les coûts que les parents ayant de faibles revenus ne peuvent se permettre de payer.